Anne Dedry

federaal parlementslid voor Groen, met 30 jaar expertise in kraamzorg, mantelzorg en thuiszorg

Volksgezondheid

Welke sociale rechten voor assistent-artsen?

Initiative parlementaire notable. Ecolo-Groen veut relancer la machinerie législative pour que soient enfin améliorées les conditions de travail et de formation des candidats spécialistes. Les députées Anne Dedry et Muriel Gerkens ont imaginé une loi offrant une meilleure protection sociale à tous les médecins en formation mais, surtout, coupant court aux relations autocratiques avec leurs maîtres de stage. Entretien avec les auteures dans Le journal du Médecin.

Le journal du Médecin: vous êtes les premières députées à traduire les revendications du terrain en proposition de loi. Vous voulez profiter de l’ouverture de la ministre De Block, qui a promis d’améliorer le statut, ou vous parez au plus pressé face un système qui en arrive à un point critique en termes de formation et donc de qualité des soins ?

Muriel Gerkens: pour moi, c’est parce qu’on en est arrivé à une situation critique. C’est un domaine que je suis depuis le début des années 2000. Ça a toujours été dans nos préoccupations. Mais ici, on flirte avec la limite de la qualité de la formation. je crois vraiment qu’on peut passer d’un cercle actuellement vicieux à un cercle vertueux. Si on améliore la manière de former, on va forcément réfléchir à ce qu’on fait avec nos maîtres de stage. Quand on aura réfléchi là-dessus, on réfléchira alors sur les disciplines où plus aucun étudiant ne se lance. Peut-être est-ce dû à de mauvaises conditions de travail pendant la spécialisation, ou parce qu’il s’agit d’une discipline mal considérée, sous-payée, avec trop de gardes…

Anne Dedry: nous voudrions arriver à structurer l’organisation des candidats spécialistes comme il a été fait avec le Centre de coordination de la formation pour la médecine générale. Cette asbl gérée par plusieurs partenaires, ça a beaucoup amélioré les condtions des médecins de famille de travailler en groupe. Et les généralistes se sont structurés dans leurs soins aussi. Les spécialistes doivent alors suivre cet apprentissage.

Que ce soit du côté francophone ou néerlandophone, sur le terrain, les généralistes en formation sont tous très contents des améliorations offertes par le centre de coordination. Ils disent eux-mêmes que c’est un beau modèle. On ne doit pas inventer quelque chose de tout à fait nouveau mais prendre les mêmes mécanismes et les adapter. C’est un modèle accepté. Ça ne doit donc pas être si difficile de se dire si c’est bien pour eux pourquoi pas faire quelque chose de similaire pour les autres. Pour une fois qu’il n’y a pas de différence d’appréciation entre Flandre et Wallonie.

Vous voulez quand même rendre une main-d’oeuvre essentielle pour les hôpitaux, en particulier universitaires, nettement moins corvéable et bon marché. Vous en êtes conscientes ?

Muriel Gerkens: c’est aussi pour cela que le dossier avance aussi lentement, il faut briser des tabous. Il ne peut pas y avoir de tabous sur un sujet d’une telle importance qu’est la formation des médecins spécialistes. Il en va de la qualité des soins, de la sécurité des patients. On ne peut pas laisser la situation comme si de rien n’était. Il est important de mettre le sujet sur la table pour discuter. Comment faire respecter les règles, notamment au niveau de l’horaire de travail, quand on a un maître de stage qui dit que, et certains vieux médecins le disent encore, pour être un bon praticien, il faut travailler 24 heures sur 24.

Anne Dedry: tous les acteurs consultés s’accordent à dire qu’il y a des abus, qu’il faut améliorer le statut. Après, pour les modalités, il y aura des ajustements. Notre proposition de loi est une note de travail, on est encore en train de parler avec les syndicats, on est ouvert aux différentes formules pour trouver un consensus mais on veut mettre ces mesures à l’agenda politique.

Muriel Gerkens: je pense qu’à partir du moment où il y aura des mécanismes comme on le propose, cela permettra d’avoir une objectivation de ce qui se passe sur le terrain, de savoir si le médecin assistant bénéficie d’assez d’encadrement.

Ne pensez-vous pas que vos propositions, si elles venaient à être adoptées, fragiliseraient un peu plus les finances des hôpitaux ?

Muriel Gerkens: il est clair que ceci ne va pas régler les problèmes de financement des hôpitaux. Nous sommes horrifiées de voir que les hôpitaux acceptent un déséquilibre total dans la rémunération entre médecins spécialistes. Ou quand nous regardons encore le financement à l’acte et les dérives qui en découlent. Il y a tout un travail à réaliser mais on ne peut pas utiliser l’argument budgétaire pour maintenir le statu quo.

Vous attendez-vous alors à rencontrer beaucoup d’obstacles? Le premier frein qui sera opposé à votre propostion sera d’ordre financier.

Muriel Gerkens: le budget risque d’être utilisé comme argument pour freiner, de la part des hôpitaux essentiellement je pense. Du côté des candidats spécialistes, ce sera normal de se dire qu’ils cotisent s’ils ont droit à la pension. On ne demande pas des cadeaux. Il y a forcément les cotisations d’employeurs et le financement de l’asbl. En même temps, le fait de récolter des cotisations sociales, ce n’est pas de l’argent qui sort du champ de la sécurité sociale. Donc l’Inami devrait consacrer une part des ressources.

En pratique, vous avez introduit cette proposition de loi au service de la Chambre pour vérifier la validité, mais vous ne l’avez pas encore déposée. Vous vous accordez du temps pour plus de concertation, pour étoffer la matière, pour ouvrir le débat aux oppositions argumentées. Ce n’est donc malheureusement pas prioritaire ?

Muriel Gerkens : une proposition de loi, il faut toujours la considérer comme étant un outil de travail et pas un remède miracle. Ce n’est pas parce qu’Anne Dedry et Muriel Gerkens déposent une proposition que demain, tout changera. Parfois, on a l’impression qu’on a ce pouvoir magique (rires).

On voudrait prendre les deux mois qui viennent pour organiser le débat. Ce ne sera effectivement pas une proposition prioritaire à travailler en Commission de la santé cette fois-ci. Mais si les concertations se déroulent bien, on pourrait demander que ce soit dans les textes examinés en priorité au deuxième trimestre.

Anne Dedry: il y a quand même un vrai momentum parce que Maggie De Block est occupée à sa réforme du financement des hôpitaux. Tous ces hôpitaux n’auront plus la tâche de gérer les spécialistes en formation. L’asbl se chargera d’encadrer le travail, de planifier, d’établir des critères de qualité.Nous allons avancer progressivement, mais il faut entamer de façon maximaliste et diminuer le cas échéant selon la position de la ministre. Evidemment, si on a des ambitions plus modérées, les résultats ou les moyens alloués seront d’autant plus restreints.

Vous avez déjà sondé le terrain, votre texte législatif le démontre en abondant dans le sens des médecins en formation. Avez-vous le pressentiment que certains maîtres de stage ou représentants médicaux résisteront coûte que coûté à la réforme que vous proposez?

Muriel Gerkens: non, je trouve que c’est aussi une opportunité à saisir. On est sorti de l’époque où il y avait un syndicat qui parlait pour tout le monde, tout le temps. On ne corrigeait pas une situation parce qu’il y en avait qui à une époque décidaient que c’était ainsi et pas autrement. Il y a des courants différents maintenant, des analyses nuancées. Permettons aux représentants des professions des soins de santé de pouvoir exprimer leur vision des objectifs ou des manières de les atteindre.

Il nous incombe aussi en tant que parlementaire de veiller à donner la parole, y compris dans nos consultations, à l’ensemble de ces représentants. Il faut qu’il en ressorte un consensus. Il faudra en tout cas qu’il y ait une adhésion.

Thema door Anders Norén